
La ministre des Affaires sociales (Minas), Pauline Irène NGUENE, revient sur cette tragédie et l’usage parfois abusif et irresponsable des réseaux sociaux.
Le 16 février 2026, au quartier Nkolbisson à Yaoundé, une dame a tué ses trois enfants et s’est donnée la mort par la suite. Mme le ministre, votre département ministériel a-t-il reçu un signalement/une dénonciation du cas de cette dame qui a laissé comme explication à cet acte, un mal-être dans sa vie de couple?
C’est à travers les images dudit drame abondamment relayées dans les réseaux sociaux que nous avons été informés. On y voit d’ailleurs les auteurs desdites images s’en prendre verbalement à la défunte en filmant la scène macabre plutôt que de porter assistance à celle-ci et à ses enfants dont rien n’indique qu’ils sont déjà décédés.
Bien entendu nous reprouvons avec la dernière énergie l’infanticide ou toute tentative d’atteinte à l’intégrité des enfants surtout lorsque celle-ci est mise en scène et projetée tel un film de mauvais goût dans les réseaux sociaux.
D’abord parce que comme l’indiquait le Chef de l’Etat Son Excellence Monsieur Paul BIYA à la tribune des Nations Unies il y a quelques années, il n’existe pas de causes humaines plus dignes que celle de la défense et de la promotion des droits et de l’avenir des enfants qui, selon la Bible sont un héritage de Dieu.
Ensuite parce que de par ses missions de protection de l’enfant d’une part et de lutte contre les fléaux sociaux d’autre part, notre département ministériel se sent interpellé par ce drame qui vient s’ajouter à une longue liste de dérives sociales observées dans notre société, lesquelles semblent s’accommoder et s’amplifier avec l’usage abusif et irresponsable des réseaux sociaux : suicides, féminicides, infanticides, atteintes aux mœurs, abus et exploitation des mineurs, drogues, diffusion d’images pornographiques mettant en scène les enfants, etc.
Elle évoquait par ailleurs dans une vidéo qui circule, un délaissement, les conditions de vie difficile, est-ce que la pression économique peut expliquer un tel acte?
Les difficultés économiques peuvent aggraver des situations de vulnérabilité, mais elles ne sauraient, à elles seules, expliquer un acte aussi grave. Il s’agit généralement d’une combinaison de facteurs.
Ces dérives qui constituent autant de fléaux sociaux, tirent en effet leur source dans le déclin des valeurs morales, l’irresponsabilité des parents, la faiblesse de l’encadrement social, la déstructuration des familles, la banalisation des actes criminels, la consommation de la drogue et des stupéfiants, la dépravation des mœurs, le tout amplifié par les avatars de la mondialisation véhiculés par les réseaux sociaux.
C’est pourquoi l’approche pour cerner véritablement cette spirale doit être globale.

Justement devant ce constat, que fait le ministère des Affaires sociales?
Aux côtés d’autres initiatives publiques ou privées, le ministère des Affaires sociales dans ses missions de protection, d’assistance et de promotion des personnes socialement vulnérables, a tiré la sonnette d’alarme il y a quelques années et mis en place une stratégie de veille sociale. Celle-ci consiste en l’organisation permanente des campagnes de sensibilisation, d’éducation et d’information en milieux scolaire, professionnel, confessionnel et communautaire sur les fléaux sociaux émergents dans notre société à travers notamment les causeries éducatives, la mise en place de groupes d’écoute pour les parents, le renforcement des associations communautaires et la formation des leaders locaux au repérage des signaux d’alerte.
Par ailleurs, les Centres Sociaux et les Services de l’Action Sociale reçoivent régulièrement et prennent en charge des cas de détresse et de déviances sociales.
C’est le lieu d’inviter la communauté nationale dans ses différents segments, à se servir de ces structures qui sont dédiées à l’écoute et à l’accompagnement de ces cas qui pourraient si rien n’est fait dégénérer en drames. Les Centres Sociaux sont présents dans chaque arrondissement et les Services de l’Action Sociale peuvent être consultés auprès des commissariats, des Tribunaux, des Prisons ou encore des établissements scolaires.
Nous en appelons également à la responsabilité collective. En cas de détresse d’un de vos proches ou voisins, rapprochez-vous et faites un signalement au service social le plus proche.

Comment éviter que cela ne se reproduise et plus généralement comment freiner cette spirale qu’on observe de plus en plus dans notre société?
La montée en puissance de ces dérives sociales constitue un véritable danger pour le bien-être et l’équilibre social dans notre pays.
Le drame de Nkolbisson à travers l’onde de choc qu’il a provoquée, représente donc en quelque sorte la cote d’alerte. Il interroge sur l’impact des actions sectorielles menées jusqu’ici et pose l’urgence d’une réflexion collective sur les stratégies de lutte ou de prévention à développer, en vue de stopper l’hémorragie et poser les jalons d’une société camerounaise plus saine et plus épanouissante.
C’est pourquoi j’ai instruit mes services d’accélérer la réflexion déjà engagée sur la question en vue de la tenue dans les prochaines semaines d’un Colloque au cours duquel nous allons mettre ensemble toutes les parties prenantes (administrations sectorielles, universitaires, dénominations religieuses, autorités traditionnelles, société civile, etc ) en vue de jeter les bases d’une stratégie de mobilisation communautaire de prévention et de lutte contre les dérives sociales dans notre pays./-
Socialactu avec Minas
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